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L’âge de la vapeur

Bonjour vous, chères lectrices et chers lecteurs.

Aujourd’hui, je souhaiterais aborder un genre littéraire que j’affectionne particulièrement : le steampunk.

Définition

Le steampunk est un sous-genre de la science fiction, axé principalement sur l’époque victorienne (1837-1901), voire édouardienne (1901-1910), correspondant aux règnes respectifs de la reine Victoria et du roi Édouard VII mais, surtout, à la révolution industrielle et, plus particulièrement, à l’avènement de la machine à vapeur. D’où le nom de steampunk, steam signifiant vapeur en anglais. Ce terme, signifiant littéralement punk à vapeur, est à l’origine une simple boutade d’un de ses précurseurs, Kevin Wayne Jeter, par allusion à un autre sous-genre de la science-fiction, à savoir le cyberpunk – mot-valise composé de cyber pour cybernétique et punk du mouvement culturel du même nom.

Histoire

Le style propre à ce genre ne date pas d’hier, puisque l’époque victorienne elle-même a vu naître bon nombre d’œuvres de science-fiction, notamment avec Jules Verne (Voyage au Centre de la Terre, Vingt Mille Lieues sous les Mers, Le Tour du Monde en 80 Jours, etc) ou Herbert George Wells (La Machine à Explorer le Temps, L’Homme Invisible, La Guerre des Mondes, etc).

Cependant, le terme steampunk et le genre littéraire associé ne sont apparus que bien plus tard, puisque ces auteurs ne faisaient alors que développer de la science-fiction classique dans un cadre spatio-temporel qui leur était contemporain. On parle alors de proto-steampunk. À noter que les œuvres de Jules Verne sont globalement connotées steampunk par leur esthétique et leur ancrage dans le XIXe siècle, tandis que les œuvres de Herbert George Wells sont davantage intemporelles – c’est un peu moins le cas, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, pour La Machine à Explorer le Temps même s’il est aisé de transposer l’époque d’origine du protagoniste à une époque plus récente.

Il faut également prêter attention au fait qu’il ne suffit pas que l’action se passe dans l’époque victorienne pour justifier l’appellation steampunk. Une œuvre fantastique se déroulant à cette époque mais ne faisant pas intervenir de machinerie, sera plutôt qualifiée de gaslamp fantasy. C’est le cas par exemple de Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley, de L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson, ou de Dracula de Bram Stocker.

Ce n’est qu’autour des années 1980 que le steampunk en tant que genre littéraire est né. Trois amis écrivains, Kevin Wayne Jeter, Tim Powers et James Blaylock, inspirés par le thème de la révolution industrielle et des écrits de science-fiction de cette époque, ont chacun écrit une ou plusieurs œuvres qui ont, petit à petit, posé les bases du genre :

  • Kevin Wayne Jeter écrit en 1979 un roman intitulé Morlock Night, qui se veut être une suite de La Machine à Explorer le Temps de Herbert George Wells ;
  • Plus tard, en 1983, Tim Powers écrit Les Voies d’Anubis, dans lequel il intègre le voyage temporel, un peu d’histoire contemporaine et de la littérature britannique ou encore de la magie noire égyptienne.
  • James Blaylock, quant à lui, publie en 1984 The Digging Leviathan, vraisemblablement inspiré de Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne.

Ces œuvres ont reçu un accueil critique favorable. Leurs auteurs ont renouvelé l’exploit par la suite et sont tous trois désormais considérés comme les créateurs du genre.

Toutefois, lorsqu’on parle de roman steampunk, beaucoup retiennent un autre livre comme première référence. En 1990, William Gibson et Bruce Sterling, deux figures emblématiques du genre cyberpunk, s’essaient à l’écriture d’un roman steampunk. La Machine à Différences est une uchronie qui part du principe que Charles Babbage et Ada Lovelace ont réussi à construire leur machine à différences. Dans la réalité, cette machine est considérée comme un ancêtre mécanique de l’ordinateur actuel, mais n’a jamais vu le jour pour diverses raisons.

Voilà pour un bref historique concernant la création de ce genre littéraire. Il serait fastidieux d’aborder ici toutes les œuvres publiées par la suite pouvant être légitimement classées comme steampunk.

Mais qu’est-ce qui caractérise, au juste, le steampunk ?

Caractéristiques

Si on s’en tient au simple terme, ce serait une œuvre dans lequel les machines à vapeur occupent une place importante. Leur développement s’est accru au point que l’on a complètement, ou presque, délaissé les alternatives comme l’électricité ou le le pétrole. Voilà pour la partie steam, abordons maintenant la partie punk.

À l’instar du terme cyberpunk dont il est inspiré, punk fait ici référence à l’idéologie du mouvement punk dans les années 70. Cette idéologie prônait un certain anticonformisme et un rejet de l’autorité allant parfois jusqu’à prôner l’anarchie. Un des slogans de ce mouvement, « no future » (« pas d’avenir » ), évoque le nihilisme, le pessimisme et le cynisme caractéristiques de cette idéologie. Une œuvre cyberpunk présente généralement un monde dystopique, où les plus riches sont toujours plus puissants, au point de prendre le contrôle d’une ville, d’un pays, voire du monde, tandis que les plus précaires luttent désespérément pour s’en sortir, le tout avec des valeurs éthiques toujours plus déclinantes.

Si on revient à notre machine à vapeur, on peut retrouver cet aspect. La révolution industrielle est aujourd’hui considérée comme une époque qui a grandement contribué à l’essor de la technologie mais aussi, malheureusement, à la pollution, notamment par le charbon brûlé pour générer de la vapeur. Elle est aussi un symbole de la lutte des classes, un thème d’ailleurs présent dans La Machine à Explorer le Temps. Un monde steampunk peut être assimilé à un monde cyberpunk, en y incluant une classe dirigeante ayant pris le pouvoir sur tout et une classe ouvrière obligée de se démener pour pouvoir subvenir à ses besoins.

L’esthétique de l’univers joue d’ailleurs un rôle important (à condition de ne pas faire n’importe quoi : il ne suffit pas de coller des engrenages sur un objet pour que ça fasse steampunk). Généralement, on se tournera vers l’esthétique de l’époque victorienne pour la description des gens, des bâtiments et des machines, ainsi que pour la culture de cette époque, avec ses avantages et ses inconvénients. On peut aussi s’inspirer du travail d’Albert Robida pour ses illustrations visant à imaginer le futur de cette époque.

D’un autre côté, on peut tout aussi bien placer l’action dans un cadre plus contemporain, tout en gardant à l’idée que la machine à vapeur domine depuis son invention – donc pas ou peu de machines électriques ou à pétrole – et les conséquences qu’elle peut avoir sur le long terme. Mais on peut aller…

Encore plus loin

Techniquement, la machine à vapeur est née en réalité pendant l’Antiquité. Héron d’Alexandrie avait fabriqué un éolipyle, une simple boule, montée sur un axe creux par lequel parvenait de l’eau et pourvue de deux sorties d’air. Le tout était chauffé par un feu situé en dessous. La force de la vapeur s’échappant de la boule par les tuyaux la faisait pivoter autour de l’axe.

Bien entendu, cette machine ne servait pas à grand chose. Il faut y voir un simple projet expérimental servant à démontrer un concept. Mais on peut imaginer ce qu’il se serait passé si Héron avait développé davantage sa machine. Aurait-on pu assister à un avènement de la machine à vapeur dans l’Antiquité ? Dans ce cas, on peut aisément développer du steampunk dans l’Antiquité voire au Moyen-Âge.

Au delà de la simple machine à vapeur, il ne faut pas oublier que la révolution industrielle marque aussi l’essor de l’électricité. Pour innover un peu, on peut imaginer placer dans un contexte steampunk, une machinerie électrique expérimentale se proposant comme une fraîche alternative à la machine à vapeur. Idem pour le moteur à explosion.

Enfin, l’époque victorienne marque également les prémices des machines volantes, d’abord avec les dirigeables puis, à la fin de l’époque victorienne, les avions.

Conclusion

J’en ai déjà beaucoup dit sur ce genre littéraire et pourtant je n’ai fait qu’aborder sommairement le sujet. Je vous invite donc à vous renseigner sur la littérature steampunk et, si vous souhaitez en écrire, à vous documenter sur les époques victorienne et édouardienne afin d’en apprendre plus sur le mode de vie et la technologie de l’époque et, éventuellement, en tirer des idées innovantes pour vos récits.

Sur ce, je vous dis à bientôt et, surtout, lisez tant que vous le pouvez.

Watchinofoye

Published inLa chronique littéraire

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