L’enclos

Dans un pré bordé d’un bois se trouvait un enclos en bois à l’intérieur duquel des moutons paissaient tranquillement. Un jour, l’un d’eux bêla autrement qu’à l’accoutumée et le son qu’il émit fut si beau qu’il séduit ses congénères.

Dès lors, chacun s’empressa de tenter de reproduire ce bêlement jusqu’à y parvenir et obtenir ainsi un chant ovin qui résonnait au loin. Mais un mouton dans le troupeau ne chantait guère. Celui-ci était soucieux et s’acharnait à essayer d’ouvrir le portillon de l’enclos.

Il y arriva après maints efforts et galopa au loin comme pour fuir le plus grand des dangers. Un des moutons de l’enclos le vit partir précipitamment et, semblant comprendre son inquiétude, décida de partir à sa suite. Mais il était trop tard, car une meute de loups lui barra la route.

Les autres moutons auraient pu s’enfuir à leur tour tandis que la petite meute était occupée à s’en prendre à l’un des leurs, tétanisé par la peur, mais ils n’en firent rien et continuèrent de bêler gaiement.

Ils ne remarquèrent à aucun moment qu’à côté d’eux, des loups affamés et attirés par leur chant particulier s’apprêtaient à les dévorer, à commencer par le malchanceux qui ne cherchait qu’à échapper au danger.

Et tandis que dans le pré se déroulait un festin bestial et loin d’être frugal, un mouton courait vers l’horizon, poussé par la peur, jusqu’à ce qu’il oublie qu’autrefois il était un mouton.

Il se souviendrait néanmoins à jamais de ce jour fatidique, où les siens à l’esprit trop simpliste entamèrent ce chant qu’ils jugèrent beau sans chercher à comprendre qu’il mènerait à eux l’instrument de leur funeste destin.

Il ne saurait jamais que, parmi ce peuple qu’il condamnait si vite, il y avait un brave mouton qui ne cherchait qu’à suivre la voie de la raison mais qui fut mis à bas par ceux qui ne cherchent qu’à profiter des simples bêtes de pâturage.

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